La transformation numérique : Patrons versus Salariés

La transformation numérique : Patrons versus Salariés
5 (100%) 1 vote

patrons vs salariés

« Les salariés sont plus numériques que leurs dirigeants » titrait les échos.fr, début mai. Qu’en pensez-vous ?

Pour ma part, ce titre est assez évocateur de la scission entre la vision des salariés et celle des dirigeants quant à l’impact positif du numérique dans une entreprise.

Pourquoi les salariés et les dirigeants ne sont-ils pas toujours d’accord sur l’intérêt que peut avoir le numérique dans une entreprise ?

La vision des salariés

Vous connaissez la génération Y, les « digital natives » ? Eh bien, ce sont les personnes qui ont aujourd’hui entre 15 et 35 ans et qui font partie de cette génération où le numérique est une évidence dans leur vie de tous les jours.

Nous pourrions penser que le décalage entre les salariés et les dirigeants pouvait venir de ce phénomène, mais je pense que la différence de point de vue n’est absolument pas générationnelle mais plutôt rationnelle.

En effet, comme le souligne Céline LAURENCEAU d’Accenture Stratégie, « Les salariés s’attendent à trouver dans leur environnement de travail les mêmes outils que ceux qu’ils utilisent dans leur quotidien ». Autrement dit, les salariés veulent se sentir aussi bien dans leur environnement professionnel que dans leur environnement personnel. Ils ne veulent pas marquer de rupture entre les deux et souhaitent tout simplement retrouver dans leur vie professionnelle les mêmes outils qui leurs sont utiles et agréable dans leur vie quotidienne.

C’est, à mon sens, la raison pour laquelle les réseaux sociaux d’entreprise ont vu le jour ces dernières années. En effet, l’utilisation de Facebook et autres réseaux sociaux privés, ont permis à bon nombre de personnes, de discuter et d’échanger des ressentis, des photos, et autres, sur ces applications collaboratives. Ce fut, à leurs débuts, une certaine révolution.

J’en ai moi-même fait l’agréable expérience, lorsque j’ai habité aux Etats-Unis pendant un an. De l’autre côté de l’Atlantique, je pouvais partager en direct mon quotidien avec mes proches, et ce, avec 7h de décalage horaire. Je n’avais pas besoin de les avoir en ligne tous les jours, je pouvais communiquer et surtout leurs montrer mon quotidien ! Génial !

Les salariés qui travaillent dans une entreprise ayant des bureaux à travers le monde, se sont tout simplement dit, qu’il serait vraiment intéressant et super pratique d’échanger leurs connaissances avec leurs collègues du bout du monde. Mieux encore, partager des réussites, pouvoir faire appel à des experts, et faire partie d’une réussite collective et mondiale !

La vision du numérique des salariés se situe dans la réussite collective. Ils ne sont plus seulement des salariés face à leur ordinateur, ils sont aussi des experts qui peuvent donner et échanger des informations.

Il y a aussi les salariés qui voient le numérique comme un facilitateur dans leur travail au quotidien. Je pense à notre client, un grand laboratoire cosmétique français, qui a équipé ses commerciaux de tablette tactile. Au quotidien, ces commerciaux vont de pharmacie en pharmacie avec une sacoche remplie de plaquettes de présentation de leurs offres et de contrats à compléter et à faire signer. Cette sacoche représente une charge conséquente à transporter tous les jours. Ils ont alors, ensemble, eu l’idée de demander à leur direction, de dématérialiser ces fameuses plaquettes et les mettre dans une tablette tactile afin de réduire leur charge. Aujourd’hui, ces salariés sont totalement satisfaits de cette évolution, et la direction a même décidé d’aller plus loin et a intégré la signature électronique afin que le processus de signature de contrat soit totalement dématérialisé.

Les salariés sont convaincus de l’intérêt du numérique dans leur environnement de travail, mais qu’en pensent les dirigeants ?

signature électronique

La vision des dirigeants

Si les salariés sont ultra motivés à l’idée d’intégrer le numérique dans leur environnement de travail, les dirigeants, sont plus modérés face à l’arrivée de ces nouvelles manières de travailler.

Si nous reprenons l’idée des outils collaboratifs, type réseau social d’entreprise, j’entrevois déjà les freins exprimés par les dirigeants, qui voient en ces outils un Facebook professionnel pour que leurs salariés puissent aisément « chatter » entre eux, plus que travailler. C’est malheureusement l’image qui est donnée aujourd’hui par les réseaux sociaux populaires que nous connaissons tous. En effet, les dérives sont trop nombreuses pour que les dirigeants voient dans un réseau social, un atout pour leur société et leurs salariés, et pourtant …

Ensuite, transformation numérique, signifie changement de l’organisation de travail. Qui dit changement, dit formation des salariés, car tous ne sont pas fans de ce genre d’outil et quand bien même, il faut que les salariés, même les plus motivés, voient un outil collaboratif comme étant un outil de travail et non un loisir. C’est donc toute une culture qui est à faire évoluer et il suffit d’un groupuscule de personnes réfractaires, pour que le projet n’aboutisse pas.

Par conséquent, les dirigeants hésitent à investir dans le numérique par crainte de ne pas être suivis par l’ensemble de ses salariés.

Il y a également l’aspect client. En effet, si un dirigeant décide de dématérialiser ses processus de vente et proposer la signature électronique, par exemple, comment les clients vont recevoir cette évolution ? Vont-ils adhérer ? Sont-ils tous connectés ? Et ce, en BtoB comme en BtoC.

En effet, les mutuelles, par exemple, sont confrontées à cela puisqu’elles ont autant de clients individuels que collectifs. Elles doivent donc jongler entre leurs agences physiques, pour recevoir les personnes qui n’ont pas d’accès à Internet, mais également entre les devis et les ventes directement sur leur site, qui sont de plus en plus développées, suite aux évolutions du mode de consommation, mais aussi les rencontres avec les dirigeants, avec un aspect numérique pour la signature.

Enfin, il y a aussi la peur de l’effet de mode. C’est-à-dire que les dirigeants craignent que les outils développés aujourd’hui, ne soient plus les outils de demain et que l’évolution de ces produits, conduisent à d’autres changements dans le futur. Par conséquent, les dirigeants préfèrent attendre de voir comment toutes ces applications évoluent pour étudier leur réel intérêt dans l’évolution future de leur société.

Le compromis existe-t-il alors entre la vision des salariés et celle des dirigeants ?

De plus en plus de dirigeants et donc d’entreprises, se dirigent progressivement vers la transformation numérique parce qu’ils se rendent compte, malgré tout, que le numérique représente l’avenir et peut-être aussi dans le but de s’inscrire dans l’air du temps. Si des secteurs, comme la distribution ou encore les mutuelles ont été jusqu’à présent en dehors de toutes ces transformations, car leurs produits sont nécessaires dans la vie de tout un chacun, ces sociétés se rendent compte que pour faciliter leur démarche commerciale ou leur fonctionnement, le numérique ne devient pas essentiel, mais nécessaire pour gérer efficacement l’ensemble de leur processus.

Il n’existe pas de compromis en tant que tel, je pense que les salariés peuvent être moteurs de cette évolution et tout simplement montrer à leurs dirigeants que ce changement est non seulement bénéfique pour eux, mais aussi pour l’évolution de leur propre entreprise.

The following two tabs change content below.

1 Commentaire

  1. Ping : La transformation numérique: patrons ver...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *